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Manu Chao
par Djinax en 00-0000

Manu Chao est de retour avec un nouvel album nommé "La Radiolina". L'artiste sera au Zénith de Toulouse ce 29 mai. L'occasion d'en savoir un peu plus sur ce nouvel effort et sur l'état d'esprit du français qui vend le plus de disques dans le monde. Rencontre...

Parle nous de ton dernier album « La Radiolina ». Dans quel état d’esprit l’as tu composé ?

Parler d’un état d’esprit pour cet album est assez dur car il a été composé dans pas mal d’endroits et à des moments différents donc je dirais qu’il y en a beaucoup. Même au moment d’enregistrer les chansons, je n’était pas sur qu’elles finiraient sur l’album. Au moment de l’inspiration, ce qui importe, c’est la chanson en elle-même et dans ma manière de travailler et d’enregistrer, c’est assez rare que je pense « album ». Quand j’enregistre une chanson, c’est surtout le moment qui compte et l’instant présent. Pour les autres, ce n’est pas forcément important de se rappeler où l’on a enregistré mais pour moi c’est toujours bien de me rappeler où la chanson est née. Quand je l’écoute, ça me fait une petite carte postale souvenir dans la tête. Maintenant j’ai un petit appareil qui me permet de m’enregistrer partout et c’est important car cela correspond à ma méthode de travail, ça me fait du bien. Pour te donner une idée, la chanson de l’album la plus récente a été enregistrée dans une chambre d’hôtel à Portland dans l’Orégon et la plus vieille a bien 20 ans, elle se nomme «The bleedin clown » et on la chantait déjà à l’époque de la Mano.


Est-ce que tu peux nous raconter la carte postale de « Politik kills »?

La version en elle-même a quelques années, ça remonte au tout début de Radio Bemba quand nous sommes partis nous installer à Madrid, j’ai écrit cette chanson à cette époque là donc vers 1995-96. Le texte a déjà voyagé, je l’ai utilisé sur plusieurs maquettes faites à droite à gauche ou sur des cds volatiles. Cette chanson, ce n’est pas la première version qui soit sortie mais c’est un peu la version originale avec des cuivres d’Angelo Mancini, notre ancien trompettiste qui jouait avec nous au tout début de Radio Bemba. Le texte était valable il y a 10 ans et aujourd’hui, il est malheureusement encore plus d’actualité vu ce qui se passe. La politique tue et elle fait beaucoup trop de dégâts. Dans le sens noble du mot « politique », ça devrait être un métier qui est fait pour que tout le monde vivent mieux ensemble, au niveau des travaux pratiques, c’est carrément autre chose. La chanson parle de ça, la politique a besoin de votes, la politique a besoin de contrôler ton cerveau quand tu votes pour un ou pour l’autre, la politique ment, la politique usent des drogues, des armes, des tueurs à gages, la politique aime le sang.


Justement est ce que ton engagement politique peut être différent en étant platonique ?

Je n’aime pas le mot « politique » car il a été trop sali par les politiciens professionnels et je n’aime pas dire que j’en fait. Nous partageons tous ce monde et le but est d’essayer d’y vivre tous ensemble en harmonie, du mieux que l’on peut. L’urgence, c’est d’essayer de laisser un monde acceptable à nos enfants. Et si tu regarde avec lucidité le monde d’aujourd’hui, c’est plus qu’inquiétant, on ne sait pas dans quel monde vivront nos enfants dans 10, 20 ou 30 ans.


Que penses tu de la révolution au Venezuela ?

Aujourd’hui je ne crois pas que les problèmes de corruption soient réglés même si on en prend le chemin. Au Venezuela, il y a des choses formidables qui sont en train de se passer mais ce n’est pas non plus la panacée sur terre. La révolution est en route, je là soutiens personnellement, même si beaucoup de gens ne me comprennent pas, c’est peut-être parce qu’ils ne sont pas allés voir ce qui se passe là bas. Il y a même des Vénézueliens qui m’en veulent car le pays est d’une certaine manière coupé en deux. Mais de là, à donner l’exemple du Venezuela pour dire que tout va bien afin de nettoyer le mot « politique », je ne pense vraiment pas. On est retournés jouer au Venezuela ces 2 dernières années et j’estime que ce qui se passe là bas est super intéressant, c’est une révolution qui se fait sans livre, sans dogme ce qui est plutôt intéressant. C’est une révolution que les gens sont en train d’inventer au jour le jour. Il y a des années, j’ai fait des concrets à Caracas avec la Mano, j’y suis retourné depuis et il y a effectivement des changements très positifs. C’est là où je suis ulcéré surtout quand on voit comment les gros médias européens parlent du Venezuela, c’est tout simplement horrible. Mon père est journaliste donc nous avons une certaine étique du journalisme dans la famille et là vu comment on en parle en règle générale, ce n’est pas du journalisme, c’est de l’intox. On ne parle que du mauvais coté des choses, on ne parle pas des résultats, de ce qui s’y passe, de la médecine qui est arrivée dans les quartiers ou de tout le travail qui est fait pour l’éducation. J’ai vu une immense confiance en la jeunesse, ils délèguent beaucoup, ce que j’ai rarement vu ailleurs à travers tous mes voyages. Je pense que ce qui se passe aujourd’hui au Venezuela sera un laboratoire très intéressant pour montrer une autre manière de vivre ensemble.


Tu as tourné aux Etats-Unis, qu’en as-tu retiré ?

Ça fait des années que tous les soirs dans mes concerts, je suis très critique vis-à-vis du gouvernement américain. Avec le temps sans faire attention tu fais l’amalgame entre le gouvernement et les gens qui vivent là bas… même moi ça m’arrive. Il y a partout dans le monde, un anti-américanisme de plus en plus latent par la faute de leur gouvernement. A sans cesse le critiquer, je devais en savoir plus sur ce pays. C’est une des raisons qui nous ont poussés à jouer là bas. On a fait énormément de concerts, en maintenant les mêmes discours qu’ailleurs et à aucun moment on a senti que cela dérangeait. Notre public n’est pas totalement représentatif du peuple américain, puisqu’il comporte 80% de Latinos. Ceci étant, même sur des gros festivals où 1 personne sur 10 seulement te connaît, les réactions étaient assez unanimes, sans animosité. Ce que je ne comprends pas, c’est qu’à travers tous les gens que l’on a rencontrés, pourquoi il y a si peu de monde qui manifeste tous les samedis devant la Maison Blanche. J’ai vraiment l’impression que beaucoup n’ont pas conscience des dégâts que leur gouvernement génère à l’extérieur du pays. Il y a aussi beaucoup de problèmes intérieurs comme l’immigration. C’est assez proche de ce qui se passe en Europe mais avec en plus, un gros manque d’ouverture sur ce qui se passe à l’extérieur de leur pays. Un exemple simple mais qui pour moi, veux tout dire : Quand tu es dans un hôtel aux Etats-Unis, tu ne peux même pas ouvrir la fenêtre et quand tu regardes la télé, il n’y a pas une seule chaîne étrangère.


De quoi parles-tu sur scène ?

Surtout du fait qu’on ne peut pas combattre la violence avec encore plus de violence, c’est une politique qui n’amènera aucune solution. A mon avis, il faut qu’il y ait un gros travail d’éducation, du travail pour les gens, que chaque pays ou région puisse se développer par eux-mêmes. Le colonialisme de grand-papa c’est fini, mais le colonialisme économique existe encore tous les jours et c’est le gros problème aujourd’hui. Quand tu voyages beaucoup, tu sens que les gens sont de plus en plus radicaux car ils ont la rage. Il y a tellement d’injustices que c’est le premier sentiment humain qu’ils développent. Le problème, c’est de savoir comment la canaliser. Pourquoi tous les gens qui ne sont pas d’accord ne manifestent pas dans les rues ? La première chose que tu te dis c’est qu’ils n’ont pas la culture de manifester. Mais c’est faux, ils l’ont eu donc je ne comprends pas. Je suis Français et Espagnol et je suis prêt à mettre ma main à couper que si nous avions un président comme Bush, nous serions au moins 50000 personnes à manifester tous les samedis devant le palais présidentiel, je crois au sens civique des gens.


Comment as-tu réagi à l’élection de Sarkozy ?

Avec inquiétude. J’étais à Paris devant la télé, le journal de 20H pour les élections m’a toujours marqué, mais là, il faut dire qu’on s’y attendait. J’ai peur que les années qui arrivent soient Berlusconiennes pour la France, avec le contrôle des médias et du cerveau de beaucoup de gens. Et si tu n’es pas dans les normes, il faut t’attendre à avoir des problèmes.


Tu essayes apparemment de varier tes lieux de concerts, avec des endroits plus intimistes et provinciaux au milieu de grosses scènes. ?

On aime faire des « petites » scènes, ce sont des endroits où on se sent biens, on a une vraie relation avec l’organisation et le public. Le problème qu’on a, c’est dès qu’on est annoncé quelque part, on a un problème de capacité de salles, que ce soit en France, en Espagne, en Italie, en Amérique latine… et on ne sait pas comment le résoudre. Il y a beaucoup de monde qui veut nous voir, ce qui est très positif dans un sens mais ce qui pose également des problèmes. Je suis très triste que des gens profitent du marché noir en vendant la place à plus de 60€. Mais la seule solution pour lutter contre ça, c’est de jouer dans des endroits avec une capacité de 60000 personnes ou plus. Dans notre vie de tous les jours, on organise souvent des concerts dans des petits clubs où on joue sous un autre nom, sans annonce officielle. Cela crée toujours une relation ambiguë avec le public car quand on ne s’annonce pas, beaucoup de gens se plaignent en nous disant qu’ils n’étaient pas au courant. Par contre, si on ne fait que des grands stades, on va me dire : « Alors Manu, elle est où la proximité ? ». On jongle avec ça, donc si vous avez la solution je suis preneur (rires).


Tu reviens cet été pour une tournée française, que nous réserves-tu ?

Il y a un cd que j’ai sorti en 2004 qui s’appelle « Sibérie m'était contée » où il y beaucoup de chansons en français et ça m’embêtait de revenir ici sans les chanter, donc je vais rajouter une quarantaine de minutes à mon set. Sur les précédentes tournées, on chantait très peu en français donc là j’ai vraiment envie de revenir avec des textes qui me tiennent à cœur.


Parle nous justement de « Sibérie m'était contée », ce livre dont tu en as tiré un cd.

On a sorti ce livre avec le dessinateur Wosniak, ça a été une rencontre fabuleuse. Dans ma carrière je suis extrêmement content de Radio Bemba, il y a une alchimie fabuleuse dans le groupe et de ma rencontre avec Wosniak. C’est un honneur de travailler avec lui, c’est un homme immense à tous les étages. Donc on a pris notre temps pour faire ce livre, c’était passionnant car il fallait apprendre un nouveau métier. Faire un livre, ce n’est pas juste moi qui écrit et lui qui dessine, il y a pleins de choses comme la mise en page, monter une éditoriale…et donc on a sorti un petit cd qu’on a fait sur l’instant. J’ai vraiment envie que les gens puissent le trouver car il n’y en a plus, même si on peut l’avoir sur Internet (rires). Je vais le revisiter car il y a beaucoup de chansons, donc je vais le réduire un peu en faisant un choix plus radical sur les chansons, je vais également remixer et rajouter certaines petites choses.


Tu as une approche différente entre le studio et le live, parle nous de ça.

La tournée n’a pas forcément un rapport avec le disque, pour moi ce sont 2 métiers différents. Je serais incapable de reproduire sur scène ce que j’ai fait sur album car ce sont des chansons faites en studio sans public en face. Je n’arrive pas à concevoir d’essayer de présenter sur scène ce que j’ai fait en studio, pour moi c’est perdre énormément de possibilités du live. D’une certaine manière, c’est comme jouer live en studio, c’est perdre 90% des capacités du studio, il manquera toujours le public qui prend une place très importante. Ce sont 2 facettes de mon métier et de ma passion que j’envisage de manières très différentes, j’arrive difficilement à faire le pont entre les 2. Sur scène, on privilégie vraiment l’énergie, le studio t’apportes plus le coté où tu as un peu le temps de divaguer . Un petit joint en studio c’est parfait et pour monter sur scène un petit armagnac, c’est mieux (rires).


Pour toi, faire un album c’est une sorte de thérapie ?

Oui, c’est vrai, c’est un acte assez égoïste mais c’est le meilleur moyen que j’ai trouvé pour canaliser mes joies, mes peurs, ma rage, mes angoisses, etc. Je pense à l’instant présent, au bien que ça me fait d’être là. Quand tu es en studio, tu évites de penser à la façon dont les gens vont interpréter ce que tu composes, sinon tu deviens fou. Mon public est très varié, (et j’en suis très heureux), alors quoi que je fasse, je sais très bien que ça ne plaira pas à tout le monde… Et si tu penses à ça, tu es obligé de faire des compromis dans ta musique.


Parle nous de Radio Bemba et des musiciens qui en font partis

Il y a un noyau dur avec David à la batterie, Philippe aux percussions, Magyd à la guitare, Gambeat à la basse et Chuco au son, on est tout terrain et ça fonctionne bien. Après, il y a Julio au clavier qui a joué avec nous pendant des années, il était parti faire un projet à lui et maintenant il revient car notre ancien clavier est à son tour sur un nouveau projet. Radio Bemba, c’est un groupe à géométrie variable. Roy, le cuivre a sorti son cd où Magyd et moi avons collaboré dessus. Il y a pleins de gens qui ont apporté des choses incroyables au groupe et maintenant ils s’occupent de leur carrière. Comme le petit Gérard à la percu qui était là sur les premières grosses tournées, qui a monté la Kinky Beat et il tourne en ce moment un peu partout en Europe. Il y avait Lyricson qui a fait un nouvel album et qui tourne aussi. Le show tourne à 6 mais on peut tourner à 10 et on n’a pas besoin de répéter pour ça car ils connaissent le groupe donc ils connaissent les chansons, notre système, nos signes... Nos chansons sont d’une certaine manière très écrites pour pouvoir jammer tous les soirs donc il suffit d’un regard pour qu’on se comprenne, c’est la force du groupe et l’essence du musicien.


Tu as dit que « La Radiolina » serait ton dernier cd.

Cela a été interprété d’une manière assez radicale mais c’est fort probablement mon dernier cd au point de vue support physique. A la vitesse où ça va, c’est très difficile de savoir quel sera le support de mon prochain album et comment va se diffuser la musique d’ici quelques années. On ne sait pas si les œuvres des musiciens seront de 10 ou 15 chansons ou si ça se fera titre par titre.


Es-tu pour la gratuité de la musique ?

De toute façon, la musique est gratuite pour celui qui le veut. On parle beaucoup de la piraterie en ce moment mais quand j’avais 16 ans on faisait la même chose avec les cassettes, je ne vois pas tellement ce qui a changé. Quand j’étais un ado, 95% de ma discographie c’était du piratage donc là-dessus, je trouve qu’il y a un peu un faux débat. Surtout quand ce sont les grosses maisons de disques totalement hypocrites qui osent se plaindre du piratage alors que ce sont elles-mêmes qui vendent le matériel pour le faire . C’est abusé de dire que le problème aujourd’hui, c’est la piraterie alors que ça a toujours existé. Le problème maintenant, c’est la survie des petits labels et des groupes qui ne sont pas des gros vendeurs, pour eux se faire pirater 1000 albums devient un problème économique et ça c’est très difficile de trouver une solution. Il faudrait peut-être instaurer une certaine charte entre le public et les musiciens : que le public fasse l’effort d’acheter la musique des groupes qui démarrent et qu’à partir d’un certain seuil de cds vendus, les groupes fassent l’effort de dire qu’ils estiment avoir été suffisamment payé pour leur travail en acceptant le piratage de leur disque. C’est un peu utopique mais il faudrait que ça se passe comme ça. Le téléchargement a crée de nouveaux problèmes mais également ouvert de nouvelles portes.
Tout ça est en bouleversement total en ce moment, on ne sait pas comment ça va se passer, mais la seule bouée de sauvetage pour les musiciens, c’est la scène . Cette voie là est toujours là et pour longtemps encore même si ce n’est pas toujours facile. La manière la plus naturelle, c’est de jouer dans la rue et de passer le chapeau. Dans le cas de la Barcelone la ville où j’habite, ça devient de plus en plus difficile car il y a une répression terrible et incompréhensible alors que Les Remblas étaient il y a des années le plus beau local de répete du monde. On en est arrivé au stade de la confiscation d’instruments donc la relation primaire entre l’artiste et le public qui devrait être la rue est devenu impossible. En plus de ça, il y a l’hypocrisie de la mairie qui vend aux touristes du monde entier l’image de la ville bohème alors qu’il y a une persécution irrationnelle. A l’époque quand je jouais dans la rue, on pouvait y rester 2 ou 3 heures, maintenant il faut que tu gagnes de quoi manger en jouant 15 minutes et c’est le jeu du chat et à la souris. Après il y a le circuit des bars et des salles mais à Barcelone, les ¾ des bars où on pouvait jouer ont été interdits. Tout ça, peu de gens le savent mais Barcelone est devenue une ville plus répressive qu’autre chose.
Mais ce n’est pas que le problème de la musique, c’est aussi celui du cinéma, du journalisme (d’une certaine manière), le problème est beaucoup plus ample que le celui des musiciens. Au bout d’un moment et si la crise continue, les acteurs devront se tourner vers le théâtre car ce n’est pas piratable, c’est du direct, c’est fait sur l’instant. Et quelque part, c’est ce qui sauvera les artistes.


Tu disais justement que tu voulais mettre en ligne un titre après l’autre sur Internet. Le fait de ne pas avoir une contrainte de l’album, ça t’apportera quoi dans ta création ?

Ce n’est pas forcément une contrainte, c’est intéressant de donner une unité à 16 ou 17 chansons et d’essayer de faire une sorte de petit voyage cohérent. C’est un peu plus compliqué que de donner une unité à 3 ou 4 chansons que tu as enregistré dans la semaine vu qu’elle se fait par elle-même, il y aura la même génétique d’une certaine manière. Quand tu fais un album, certaines ont été enregistrées il y a 20 ans, certaines sortent d’un disque dur où il y a déjà 30 ou 50 chansons. Donc après, c’est comme un jeu de légo, tu testes, tu vois comment ça fonctionne, tu en enlève une… C’est passionnant à faire mais si tu le fais sur 3 ou 4 titres, ça prend de suite beaucoup plus de cohérence. Il y a 30 ans, les Beatles par exemple, ne sortaient que des singles et une fois qu’ils avaient une douzaine de titres, ils les compilaient pour en faire un album.


Que penses tu de la télévision ?

Pour moi, les jours de la télévision sont comptés. Quand je vois les gamins, ils sont plus souvent sur Internet que devant la télé, et je trouve ça assez positif. Tu trouves de tout sur le net mais au moins, tu as la possibilité de faire ton choix. Je pense que pour le moment la télévision a encore la main mise sur le cerveau de beaucoup d’adolescents mais je pense que ça va changer. Le grand problème d’Internet, c’est de savoir qui contrôle le débit. Aujourd’hui quand tu regardes bien, ce n’est pas encore l’immense révolution, c’est un peu toujours les mêmes, mais je pense que tout ça va se bousculer.


Quels sont tes projets ?

Après l’expérience d’Amadou et Mariam, on a fait l’album de leur fils Sam. Son groupe s’appelle SMOD, c’est la nouvelle génération qui arrive, c’est du hip hop malien de Bamako et ça devrait sortir cette année. Le deuxième projet, c’est un projet avec une radio avec qui je travaille depuis des années qui se nomme Radio Colifata qui émet de Buenos Aires depuis un hôpital psychiatrique. On a déjà fait pas mal de choses ensemble comme organiser des concerts et faire des cds pirates destinés à la rue, ils participent également au clip « The Rain’in Paradize » d’Emir Kusturica. Ce sont des gens incroyables, ils ont une lucidité fabuleuse et ils expliquent d’une manière très logique comment fonctionne le monde. Je suis à leur écoute sur tout ce qu’ils disent et on va faire un cd ensemble.


Plus d'infos sur: www.manuchao.net


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