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Baloji
par Djinax le 15-04-2008

C'est dans un petit bar de Toulouse que je rencontre Baloji, le rappeur belge d'origine congolaise. Il nous parle notamment d'Hotel Impala, son très bon premier album autobiographique.

Tu t’es immiscé dans le mouvement hip-hop à l’age de 13 ans. Quelles étaient tes influences et tes références?

Mes grands frères étaient tous dans le mouvement hip-hop en tant que danseurs, notamment pour des groupes belges comme Technotronic par exemple. Pour moi, le déclic est arrivé en 2 temps, d’une part en découvrant des artistes comme Akhenaton avec un morceau comme « L’aimant » ou Tonton David avec « Le blues des racailles ». Des morceaux qu’on ne fait plus avec des textes parlant de petits voleurs mais qui en même temps se sentent tellement coupables, c’est ce genre d’écriture qui m’a vraiment interpellé. Puis j’ai eu l’envie de passer du stade d’auditeur à protagoniste en arrivant avec des groupes comme La Cliqua ou Time Bomb. Ces groupes là ont marqués le hip-hop français car il y avait une dynamique, une créativité, des groupes vraiment différents. C’est toute cette émulsion qui nous a donné l’envie de créer Starflam. On a sorti 3 albums de 1998 à 2003 en tant que collectif et il y avait 5 rappeurs avec chacun son univers t sa personnalité.



Justement tu t’es fait connaître à l’age de 15 ans à travers Malfrats linguistiques qui est devenu Starflam. Racontes nous cette expérience et ce que tu en as retiré.

C’était super enrichissant et en même temps ça me permettait de sortir de mon univers, de mon circuit familial. J’étais le seul congolais et tous les autres avaient une vie familiale super stable, de classe moyenne, qui ont des objectifs, donc ça m’a fait un bien fou. Puis le fait de voir que ça fonctionnait et qu’il y avait un retour du public, c’était énorme. C’est un peu naïf mais ce que je garde de plus fort de cette expérience, c’est le fait que ce que j’écrivais dans ma chambre pouvait avoir des répercussions sur les autres.



Et tu es sorti de là un peu dégoûté de ce milieu, pourquoi ?

Il y avait pleins de raisons, mais la principale, c’est parce queje pensais que je n’avais pas de talent, pas le potentiel pour continuer à développer quelque chose. Puis quand tu sors 3 albums avec un groupe et que tu n’arrives pas à passer un cap, il faut se remettre en cause, être suffisamment humble et réaliste pour dire qu’on n’y arrive pas. Donc il faut chercher à quoi c’est dû, si c’est à cause de la structure, au fait qu’on soit belges, un collectif de 7 personnes, et qu’il n’y avait pas de leader …. Et puis tu n’es pas le même à 15 et à 25 ans, tu n’aspires pas à la même chose et les investissements sont différents.



Racontes nous les différents évènements qui t’ont ramené vers la musique (la lettre de ta mère, le coup de téléphone et le concours de slam).

Oui mais quand j’ai reçu la lettre de ma mère, à aucun moment je n’ai pensé en faire un disque. C’est vraiment au téléphone quand elle m’a dit qu’elle m’avait vu sur MCM Afrique, d’ailleurs quand je suis retourné au Congo, maintenant c’est Trace Tv mais cette chaîne est vraiment dans tous les cafés et magasins, c’est tout une culture là bas. Ma mère avait toujours su que j’allais faire de la musique, car elle me disait : « Quand ton père quand t’as pris, il m’a dit qu’il t’emmenait au pays de Marvin Gaye ». Donc dans la perspective dans laquelle j’étais, ça a eu forcément une résonance particulière et ça m’a permis de remettre en balance beaucoup de choses que je fais dans Starflam. Notamment de me dire que je suis un privilégié, que j’ai une chance d’être ici alors que je suis né d’une aventure extraconjugale. Mon père a trouvé que c’était le meilleur moyen de rompre les liens avec ma mère en trouvant le deal le plus cohérant, donc oui j’ai de la chance.



Et c’est donc finalement le concours de slam que tu gagnes qui te redonnes confiance.

C’était un vieux texte que j’avais écris sur le sentiment envers à ma mère, un sentiment de rejet. Ce texte n’est pas sur l’album d’ailleurs mais je me suis dit que ce serait intéressant de répondre aux questions qu’elle m’avait posé au téléphone vu que je n’avais pas su trouver les mots à ce moment là. Du style « Qu’est ce t’as fait pendant toutes ces années ? ». Je me suis donc dit que je pouvais faire ça en chansons et c’est à ce moment là que je découvre « I’m going home » un morceau inédit de Marvin Gaye. Je le trouvais super intéressant dans le sens où ce morceau a été écrit en 1972, il parle d’un sentiment très personnel et en même temps il m’interpelle 35 ans plus tard. C’est là que je me suis dit que raconter quelque chose de personnel peut trouver résonance dans l’histoire d’autres gens. C’est ça qui permet d’être précis, d’avoir un drive que tu n’aurais pas si tu racontais une histoire quelconque. C’est là où ce sentiment de pudeur et l’envie de mettre ça en musique se croisent et je me suis dit, pourquoi ne pas faire un album autobiographique afin de raconter ma vie à ma mère.



D’où vient le nom de l’album « Hôtel Impala » ?

Impala, c’était le nom de l’hôtel que mon père possédait au Congo, pas loin de ma ville natale, qui a été détruit par le génocide. Mon père et toute mon ethnie ont été contraint et forcés de fuir en laissant tout. Je n’ai plus de nouvelle de mon père depuis 1992 donc c’est une façon de m’adresser à lui vu qu’il apparaît en lame de fond sur tous les morceaux de l’album. C’est aussi pour lui dire que je le pardonne et que je voudrais vraiment qu’on puisse reconstruire sur les ruines de l’hôtel. Je n’aime pas l’idée de la thérapie mais ça me permet en tout cas d’aller de l’avant.



Et justement qu’a pensé ta mère de ton album ?

Je lui ai donné l’album quand il était fini, donc en Mai dernier et il tombe un peu hors propos ce cd. Je n’ai pas trop le cœur à parler de ça maintenant mais on va dire que ça ne correspondait pas à ses attentes.



On sent beaucoup d’influences dans cet album, notamment cinématographiques, chaque chanson a son univers musical. Tu peux essayer de nous expliquer ce que tu as voulu y mettre ?

C’est clairement le but, je voulais que chaque morceau ait son univers, qu’il soit une photographie d’un moment précis de ma vie, aussi bien au niveau de l’écriture que musicalement en correspondant avec ce que j’écoutais à ce moment là. C’est pour ça qu’on passe d’un morceau comme « Entre les lignes » qui est axé chanson française en ayant Michel Berger et Joe Dassin en tête car c’est ce que j’écoutais en 1981. Puis ça évolue avec des morceaux comme « Repris de justesse » où on est plus dans un trip Mobb Deep. Il y aussi des morceaux plus reggae car j’ai vraiment baigné dans du Anthony B ou Steel Pulse.



Pour résumer, quelles sont les histoires de ta vie que tu abordes dans ton album?

J’ai essayé de prendre des moments clés de ma vie, que je trouvais intéressants et que j’étais prêt à partager. Je pense notamment à « Repris de justesse » qui raconte mon passage de 3 années où j’étais sans papier et de la relation amoureuse que j’ai vécu en parallèle sur « Coup de gaz ». Ce sont vraiment 2 morceaux qui se suivent et qui raconte la même situation avec quelques petites différences. « De l’autre coté de la mer », c’est un morceau qui me tient à cœur et que j’ai voulu dédier à celle que j’appelle ma mère d’adoption. « Tout ceci ne vous rendra pas le Congo », c’est la plage d’ouverture qui permet de poser les fondations sur ce que je suis et en même temps sur ce que le projet prêtant être. C'est-à-dire un croisement de plusieurs choses et avant tout d’être hip-hop, à savoir une musique qui brasse, axée sur le mixage car le rap est une musique bâtarde par définition car les racines du hip-hop sont dans la soul, le reggae, le jazz, le funk… J’ai voulu que toutes ces influences puissent respirer au lieu d’être condensé en 2 mesures.



Combien de temps as-tu mis pour faire cet album ?

J’ai mis un an pour le faire et tout a été fait en Belgique dans un petit studio. J’étais également producteur par nécessité car je ne trouvais personne qui comprenait ce que je voulais et qui était assez fou pour passer autant de temps sur un projet tellement en marge de ce qui ce fait. J’étais exigeant, c’était une année intensive, c’était beaucoup de travail, il fallait souvent se remettre en cause….



Il y a de nombreux featurings sur ton album, comment les as-tu choisi et comment se sont passées ces rencontres ?

Oui, il y en a pas mal mais en même temps, il n’y a personne de réellement connu à part Amp Fidler. Ce sont tous des gens que je connais directement ou indirectement grâce à des musiciens. Amp Fidler, c’est un peu un accident, dans le sens où j’avais Jamie Lidell, un fantastique chanteur anglais qui devait venir mais qui s’est décommandé 10 jours avant, c’est pour moi, le nouveau Otis Redding. Puis on a vu que Amp Fidler était en tournée en Belgique, on l’a donc appelé via son Myspace et son management. Il est venu en studio et ça c’est super bien passé, c’est une crème.



Marvin Gaye tient une place importante dans ta vie et donc dans cet album.

Le rapport avec Marvin Gaye est directement lié avec la discussion que j’ai eu avec ma mère, du fait d’avoir vécu à Ostende avec tout ce sentiment de mouvements. J’ai trouvé intéressant de faire un parallèle entre Marvin Gaye et mon père, du fait que l’un et l’autre soient passés à Ostende à une période trouble de leur vie. Ils y ont cherché une sorte de rédemption, un lieu de transition où tu essayes de te purifier mais qui au final, ne change rien. L’un et l’autre sont restés les mêmes, ça n’a été qu’un leurre, une excuse, un prétexte. Donc je trouvais ça intéressant comme angle. L’exil, c’est une idée que je trouve en générale intéressante dans la musique, car au final, elle te ramène toujours à toi. Donc Marvin Gaye plane un peu au dessus de ce disque. Après comme je dis, « Marvin Gaye n’est qu’une excuse car sans musique ma vie est confuse ». Il est là, mais je sais la place qu’il a et surtout la place que je lui donne, elle est liée à des sentiments qui sont déguisés.



Parle nous du Congo, ton pays d’origine et de sa situation.

J’ai volontairement écrit « Tout ceci ne vous rendra pas le Congo » sans être retourné au pays donc en ayant un œil vraiment extérieur, animé uniquement par toutes les discussions, les sites et les ouvrages que j’ai pu lire. Mais j’ai constaté en allant au Congo que tout ce que j’ai écris était complètement déconnecté de la réalité, mon morceau est vraiment réducteur par rapport à ce qui se passe là-bas.



Donc tu penses refaire un morceau sur le Congo sur Hôtel Impala 2 ?

Oui tout à fait, je le déclinerais autrement et en étant plus précis car le pays est dans une situation tellement exceptionnelle. Le Congo est un des rares pays au monde à avoir du coltan, c’est un minerai ressemblant à du cuivre qui est utilisé pour tous les écrans de portable. Il y a d’ailleurs un très bon reportage à ce sujet sur la RTBF mais les Congolais ne connaissent même pas l’utilité du coltan. Il est extrait de leur sol et il leur revient 4 ou 5 ans plus tard sous forme de GSM réutilisé. Donc beaucoup d’argent passe par ce pays, il a une richesse exceptionnelle en or et en minerais. La forêt résiste bien à la déforestation et malgré ça, le peuple n’en profite absolument pas, ils sont totalement exploités.



Ton futur projet c’est Hôtel Impala 2 ? Et y aura-t-il des featurings ?

Oui je vais me concentrer directement sur le 2ème album mais je ne suis pas très featurings. Après ça dépend, si ce sont des mecs dont je suis fan comme Jay-Z par exemple, oui bien sur (rires). Mais je ne suis plus tellement là dedans car il y a un coté figuration, posture, qui ne m’intéresse plus. Je l’ai fait pleins de fois mais j’en ai encore quelques uns de prévus avec des gars qui m’ont invité sur leur album.



Je trouve que tu te démarques vraiment des autres rappeurs par tes textes et ta culture. Que penses tu du rap français actuel ?

Je pense que tout le monde se rassure en temps de crise. J’aime Booba, je trouve qu’il a une belle plume, techniquement il a un bon niveau et de la finesse mais je suis sur qu’il se repose sur ses acquis. J’aime bien aussi le Rat Luciano, je trouve qu’il dégage quelque chose de spontané, nous on est très callé sur le rythme et lui arrive à flotter dedans, j’aime beaucoup ça. J’aime bien Kenedy aussi, c’est un bon rappeur.



Tu écoutes quoi en ce moment ?

Pleins de choses, là on est parti pour 2 heures (rires). En ce moment, le dernier Erykah Badu, le Snoop, le Fat Joe, le Rick Ross, également Blu un rappeur américain qui va faire mal, un peu le descendant de Mos Def et Talib Kweli. Beaucoup de soul aussi, j’ai découvert un groupe qui s’appelle Black merda, j’écoute aussi de la rumba, Christophe Maé….



Et si tu as un artiste ou un groupe à nous faire découvrir ?

Ce serait ma choriste qui s’appelle Miss Camille et qui est exceptionnelle, une fabuleuse chanteuse.



Pour finir, quelles sont les claques que tu as prises en live ?

La claque ultime, ça reste NTM, il n’y a qu’un groupe comme ça par décennie. Jill Scott aussi, c’est une chanteuse de Philadelphie, elle a fait des trucs avec The Roots, Common et toute cette bande, elle est exceptionnelle. Kanye West aussi, c’est très bien en live.

Plus d'infos sur: www.baloji.com

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