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Abd Al Malik
par Djinax le 21-03-2007

C'est lors de sa venue à Toulouse, dans la très belle salle de la Halle aux grains que je rencontre Abd Al Malik. Il nous parle de son 2ème album "Gibraltar" inspiré du rap, du jazz, du slam et de la chanson, qui l'a fait connnaitre au grand public grâce notamment au prix Contantin reçu en 2006.


Tu viens du rap et là sur « Gibraltar » ta musique vient de la rencontre du rap, du jazz, du slam, et de la chanson. Parles nous de cette réunion.
Quand on a commencé le disque avec Bilal des NAP, on voulait faire une révolution, mais au sens étymologique du terme, c'est-à-dire revenir à ce qu’est le rap et le hip hop au départ. Le rap, c’est la seule musique qui est faite de toutes les musiques grâce à la culture de l’échantillon, du sample. J’ai justement eu envie de sampler, d’aller chercher ça dans le jazz, la chanson et le slam afin de montrer la richesse et la pertinence du rap, cette possibilité de se nourrir des autres styles musicaux et de rendre tout ça homogène. Finalement ce qui est intéressant, c’est ce rapport au métissage, au dialogue, de dire que tout est croisement et rencontre mais moi je suis simplement un rappeur. Le dialogue est essentiel car en allant vers l’autre, on va vers soi même, c’est ce qui m’intéresse à la fois dans ma vie de tous les jours mais aussi dans ma démarche artistique.


Tu es un rappeur étonnant qui site Derrida ou Deleuze, qu’est ce qui t’intéresses chez eux ?
Ce qui m’intéresse chez ces philosophes, c’est la notion de déconstruction, comme par exemple ses gamins qui démonte un jouet pour en comprendre le fonctionnement, de ne pas prendre les choses telles qu’elles sont posées comme ça mais d’essayer de comprendre ce qu’il y a derrière, de comprendre les enjeux, comment les choses s’imbriquent les unes avec les autres. Pour pouvoir évoluer dans cette société complexe, il s’agit de comprendre les fonctionnements du monde qui nous entoure, c’est important.


Tu veux casser les clichés, quels sont ceux qui t’énervent le plus ?
Il y en a plusieurs, c’est vrai que je parle beaucoup de ma foie musulmane mais la spiritualité, c’est quelque chose d’intime. Vous me direz alors pourquoi j’en parle ? Car depuis le 11 septembre, on est dans une espèce d’amalgame où on confond islam et islamisme, où on confond spiritualité et posture idéologique ou politique. Alors que la spiritualité, c’est quelque chose qui nous pacifie et qui pacifie notre rapport à l’autre. J’ai eu envie de dire que comme le christianisme, comme le judaïsme, comme toutes les autres religions, l’islam c’est avant tout une expérience d’amour et c’est pour ça que j’en parle. Il y aussi les clichés sur le rap, le fait de dire que le rap n’est pas une musique, ou que le hip hop n’est pas une culture, que dans le rap il y a une vision misogyne et consumériste…mais le monde et la société sont comme ça. De mon point de vue, le rap c’est le rock, le jazz, le blues d’aujourd’hui et toutes les musiques sont le reflet du monde qui l’entoure. Et si aujourd’hui, il y a une vision misogyne dans le rap, c’est bien parce que notre monde est comme ça. Quelle est la place de la femme dans notre société ? J’ai eu envie de donner un coup de pied dans ses clichés et de dire que c’est peut être un peu plus complexe.


Quelle est l’importance de l’islam dans votre inspiration et dans votre esprit artistique ?
Avant tout, l’islam me permet d’être en paix avec moi-même du point de vue de ma démarche et de mon cheminement spirituel. Mais en même temps, cela me pacifie avec les autres, donc forcément j’aborde les choses de façon plus sereine. Mais encore une fois, il ne faut surtout pas mélanger les choses, c'est-à-dire que je peux m’exprimer en tant que citoyen et en tant qu’artiste responsable au sens d’un Albert Camus qui va écrire dans le journal « Combat » pour dénoncer ce qui se passe en Algérie et qui va à la fois développer une esthétique particulière dans sa philosophie, dans son regard littéraire.


Excuse moi pour le cliché mais tu es un rappeur qui kiffe la France et qui a la haine.
Oui je kiffe la France mais si j’ai de la haine, et bien c’est une énergie négative que j’essaye de transformer en énergie positive, car c’est essentiel de construire et avec la haine on déconstruit. Je n’ai pas honte de dire que je suis patriote, que j’aime mon pays la France, c’est important de se réapproprier ses symboles là qu’on a laissé aux extrêmes, c’est important de dire je suis noir, je suis musulman, je viens d’un quartier difficile, je suis un rappeur mais j’aime mon pays. Je pense que la diversité n’est pas une tare, c’est un cadeau et pour moi le défi du 21ème siècle, c’est justement travailler et vivre ensemble pour avancer main dans la main.


C’est important pour toi de chanter ta culture, de marquer sa différence.
Il y a une expression dans le rap qui dit « représente » et pour moi c’est essentiel, c'est-à-dire qu’il faut comprendre par exemple que dans ma musique, c’est mon histoire de vie, mon parcours. Dans ce sens, c’est singulier mais en même temps c’est toujours le cheminement d’un être humain, c’est toujours quelqu’un qui essaye d’avancer vers l’autre et vers lui-même, donc dans ce sens c’est universel. Parler de sa culture, de son histoire, de son vécu, en réalité c’est aussi montrer sa solidarité, sa fraternité avec tous les autres qui sont différents. Moi je suis noir mais en même temps, je suis un être humain, je raconte mon histoire au monde et j’ai le sentiment dans ce sens là de faire partie de la grande famille humaine.


Tu affectionnes particulièrement ceux qui parlent de leurs origines ou ceux qui sont engagés pour défendre leurs différences.
Pour moi le simple fait de faire de la musique est un engagement, l’art pour l’art ne m’intéresse pas. Ce qui m’intéresse, c’est de dire justement regardez moi, certes je suis différent mais je suis comme vous. On peut pointer du doigt, chercher la responsabilité toujours chez les autres et non en soi mais j’ai envie de dire qu’est ce qu’on peut faire soit même pour évoluer ou pour faire changer les choses? Qui on est pour faire avancer les choses? Ce qui est important c’est que c’est toujours l’histoire d’être humain, donc ayez le courage d’être vous-même, de vous lever et de dire « j’existe », on est pareil et surtout de tendre la main.


Ton projet, c’est un peu de déconstruire pour reconstruire, c’est lutter contre les stéréotypes, les préjugés pour construire quelque chose qui relève de la diversité, de la tolérance. C’est important pour toi de lutter contre ses murs intellectuels ?
Encore plus que la tolérance, j’ai envie de parler de quelque chose qui aujourd’hui est presque devenu un gros mot : l’amour. C’est bien de parler, d’avoir sa philosophie mais en réalité toutes ces choses n’arrive dans notre vie de tous les jours, que dans notre rapport aux autres et au quotidien. A un moment donné, il faut passer à l’acte car les actes sont plus forts que les mots, c’est ça qui m’intéresse, de mettre les choses en action.


Tu as donc travaillé avec des musiciens pour l’enregistrement de l’album, qui sont ils et as-tu rencontré des difficultés ?
Tous s’est passé très naturellement, très facilement en fait. Au départ, on était juste Bilal et moi, on a fait le disque comme on le fait dans le rap actuellement, avec des machines mais au lieu de se dire que c’était la fin, on s’est dit que ce n’était que le début. On a continué et tout le monde nous a suivi que ce soit Régis Ceccarelli, Renaud Létang, Gérard Jouannest, le pianiste de Jacques Brel qui a accepté de me rencontrer et de travailler avec moi. J’ai également travaillé avec Marcel Azzola, l’accordéoniste de Brel, Keren Ann et Wallen. On s’est même retrouvé à Hollywood avec Bernie Grundman pour masteriser l’album, alors qu’il s’occupe des albums de Dr Dre, Eminem et 50cent. Cette histoire est vraiment merveilleuse, tout le monde a fait ça très naturellement et j’ai le sentiment qu’à partir du moment où on a l’envie de sortir des sentiers battus, ça intéresse les gens. Un disque, c’est toujours une association de talents et toutes ces personnes qui ont travaillé sur l’album ont permis à « Gibraltar » d’exister, il est à 98% fait par des musiciens.


Tu es également accompagné de musiciens sur scène.
Oui, c’est pour montrer que le rap n’est pas quelques chose de nécessairement figé, qui fonctionne que d’une seule manière, le rap c’est une pluie de météorites, un arbre à plusieurs branches. J’avais envie qu’il y ait des machines mais aussi des musiciens. L’énergie qu’il y a sur l’album, je voulais également la ramener sur scène, je suis donc accompagné de musiciens jazz de talent pour qu’il y ait une communion et une interaction avec le public, je voulais faire quelques chose de riche et d’étonnant.


Un petit mot sur le titre de l’album, Gibraltar, qui évoque la charnière entre l’Afrique et l’Europe.
Oui, là encore je voulais parler de cette idée de lien, de « si loin si proche ». A Gibraltar, l’occident et l’Afrique se regarde, d’un coté, on regarde en se disant que c’est l’endroit de toutes les possibilités, de l’autre, on peut le voir avec une certaine condescendance. J’avais envie de dire encore une fois que derrière toutes ça, il y a juste des femmes et des hommes avec un même cœur. Et s’il s’agissait de faire un lien, il fallait créer un lien dans la musique, dans les propos et pour moi Gibraltar symbolise bien ça.


Dans ton livre « Qu’Allah bénisse la France », tu parles notamment du matérialisme qui prend trop de place.
Oui, c’est une évidence. Dans notre monde, l’être est déterminé par l’avoir, c’est ça le vrai problème. Du coup, le rapport au matériel a sa place dans le monde, dans la société…c’est vrai que le rapport à l’avoir détermine énormément de choses, c’est important de donner à chacun la possibilité de comprendre qu’être, va bien au-delà du matériel que l’on possède, et heureusement d’ailleurs.


La société de consommation semble être en contradiction avec la survie de la planète, qu’en pense tu ?
Tout est une question de justesse, il s’agit de répartir les choses avec le plus de justesse possible. S’il n’y a pas de justice, il n’y a pas de justesse d’une certaine manière alors que c’est essentiel. Une citation que j’emploie souvent dit que « la meilleure des choses qu’on puisse faire pour améliorer le monde, c’est de s’améliorer soi même », il faut prendre conscience que l’on a tous une responsabilité. C’est essentiel de se dire, qu’est ce que je peux faire pour faire avancer les choses, pour plus de justesse, pour qu’il y ait plus de justice là où je suis. Il n’y a pas de pierre plus grosse que d’autres dans cet édifice, qui peut nous permettre de nous protéger de la pluie et du mauvais temps, l’essentiel c’est d’apporter sa petite pierre.


Quels sont tes projets ?
Il y a l’album de NAP qui risque de sortir fin 2007 et on est aussi en train de travailler sur un projet collectif avec plusieurs rappeurs comme Wallen, NAP, Ali (ex Lunatic) ou Matteo Falcone. Le nom est « Beni Snassen » et ça sortira pour septembre ou octobre.


Dernière question, tu écoutes quoi en ce moment ?
Il y a les classiques que j’écoute tout le temps comme Nas, Jay Z, Brel, Coltrane ou Miles Davis. Mais je suis très à l’écoute de ce qui passe dans le rap, par exemple le « Hip hop is dead » de Nas ou le dernier Mos Def m’ont marqué. J’écoute aussi du rock comme Bloc Party ou du Coldplay.


Plus d'infos sur: www2.abdalmalik.fr

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Abd Al Malik - cliquez pour agrandirAbd Al Malik - cliquez pour agrandir


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